TROIS

            C’est un chiffre marrant, trois. Les trois sorcières de l’ouverture de McBeth. Les trois fois triples tours du Styx autour des enfers. Les trois petits cochons. Les trois titres de champions du monde d’Ayrton Senna. Les trois centaines de dents contenues dans la mâchoire d’une truite mangeuse d’homme des îles Caïman. Tiens, en voila, une belle saloperie, la truite mangeuse d’homme des îles Caïman. Comment que ça s’approche de toi, l’air de rien, style « Ouaaaaais, j’suis une truite normale. » et pis avant même que t’aies le temps de te rendre compte, TCHAC, elle t’chope ! Heureusement qu’il y en a que là-bas, de ces saletés. Après les gens, ils s’étonnent qu’aux îles Caïman, y ait pas un pèlerin. Tiens, en parlant de pèlerin, ça me fait penser qu’il y a trois rois mages. L’Italie et l’Allemagne ont gagné trois coupes du monde chacune. Mais il y aussi eu trois tournants majeurs qui m’ont amené a l’écriture de ces textes.

          1986 : Pour la deuxième fois en quatre ans, l’équipe de France se fait éjecter de la coupe du monde en demi par les Allemands. Je me rends compte alors que la France ne gagnera jamais la coupe du monde et qu’il est hors de question que je me lance dans une carrière de footballeur si je sais que le titre suprême est inaccessible. C’est donc au soir de cette triste soirée que les déconvenues de Séville et de Guadalajara me font prendre cette décision mûrement réfléchie : je serais chanteur ! Le soir du douze juillet 1998, lorsque mon corps a commencé a récupérer des quatre grammes que chacun des litres de son sang contenait, je me suis mis a penser a ce qui venait de se passer et a comparer les salaires de Zidane et consorts avec les cachets d’Arakis. Je suis vraiment un con !

          1997 : je trouve un emploi saisonnier dans un endroit incomparable. Je ne sais pas si « magiques » est le mot qui convient pour qualifier les cinq mois que j’ai passé comme employé a l’abattoir de Saint Eanne. Pour vous faire une idée de ce genre de boîte, imaginez soixante gars gros comme des semi-remorques et aussi sympathiques et joyeux que les membres de Slipknot. Vous voyez ?… Maintenant, a la place des guitares ou du micro, donnez leur des couteaux à lames de vingt centimètres, des crochets ou même des barres de fer, des fois, ça marche très bien. Donnez leur également un public composé exclusivement de cochons, vaches, taureaux ou veaux de trois jours.  Enfin, ajoutez a cet univers la sortie en salle de « Scream » et vous comprendrez qu’il ne fait plus bon s’appeler Brenda devant moi.

          Le troisième tournant est la rencontre d’Arakis avec l’un des employés d’une station de radio de Poitiers. Le professionnalisme de cet individu, que je nommerai “Bonhârien” a servi de véritable test. Est-on VRAIMENT motivés??? Lorsque j’écoute la démo que nous avons enregistré avec toi, Bonhârien, je ne peux que te remercier au nom de tout Arakis! D’abord, parce que nous nous rendons compte, grâce à toi, que le monde de la musique est fait d’attente ou d’annulation. Attente sur un parking parce que le gars qui doit enregistrer est en retard de plus de deux heures. Annulation, parce que le même gars part aux sports d’hiver la veille de l’enregistrement. Ou parce qu’il sait pas où il a foutu la disquette contenant les enregistrements. Remarque, on doit aussi te remercier pour l’action civique que nous allons faire grâce à toi : puisque la maquette ne s’est jamais faite, nous allons devoir contacter quelqu’un d’autre et de ce fait, faire marcher le commerce et créer des emplois! Avec du recul, c’est dingue ce que t’as pu nous apporter en… combien? Huit mois d’enregistrement?…

Ludo.

 


 

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